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SURVEILLANCE DES PLAGES. -- Pour ce premier grand week-end de chaleur, il y avait foule à la plage et au bord des lacs. Les élus du littoral dénoncent l'absence de CRS en juin. L'un de ces sauveteurs témoigne des risques que courent les baigneurs. A Libourne et à Labouheyre, deux jeunes se sont noyés dans un lac.
Il est maître-nageur sauveteur (MNS) chez les CRS depuis des années. Affecté sur la côte aquitaine, dont il connaît les dangers comme sa poche. Pour la première fois de sa carrière, il commencera la saison le mardi 1er juillet seulement. Car cette année, le gouvernement a décidé de restreindre la mise à disposition des sauveteurs CRS aux deux mois d'été. Jusqu'alors, ils étaient en place dès la mi-juin, et ce jusqu'à la mi-septembre. Et les rumeurs les plus pessimistes courent pour l'avenir. Astreint au devoir de réserve, ce CRS a accepté de témoigner anonymement pour « Sud Ouest ».
"SO" - Que vous inspire cette réduction de la durée de votre mission ?
Un grand sentiment de frustration. C'est cette année le cinquantième
anniversaire de notre prise de service sur les plages. On a connu une
époque avec quatre noyés par été dans chaque commune. Il n'y en a
pratiquement plus. Les CRS ont beaucoup donné pour parvenir à ce
résultat. Certains d'entre nous y ont laissé leur vie. On ranime des
gens en arrêt cardiaque, on secourt des blessés graves. On a
l'impression qu'on fait trop bien notre boulot puisque des gens, dans
des bureaux à Paris, ont le sentiment que les plages aquitaines ne sont
pas dangereuses. Ils ont poussé l'aberration jusqu'à nous faire
commencer le mardi 1er juillet, alors que le littoral risque d'être
surchargé le week-end prochain. Avec un peu de jugeote, on aurait été
en poste le 28 juin.
"SO" - Le mois de juin a pourtant été calme ?
C'est le seul effet d'une météo déplorable jusqu'alors. Il n'y avait
personne à la plage ! Et samedi, pour le premier jour de grand beau
temps, l'Océan était très calme. Si on avait eu la combinaison du
soleil et d'une mer agitée, on aurait pu assister à des catastrophes.
"SO" - Qu'est-ce qui vous rend irremplaçables ?
Notre professionnalisme, notre rigueur, notre autorité. Les élus, qui
essaient de récupérer des CRS à la retraite pour surveiller les plages
de leurs communes, ne s'y trompent pas. En cinquante ans, la maison CRS
a formé des centaines de sauveteurs sur un label de qualité reconnu par
tous. Il faut cinq années de pratique pour devenir un bon
professionnel. À mes débuts, j'ai été encadré par des anciens qui m'ont
enseigné toutes les ficelles. Il faut connaître les courants et
anticiper les dangers. On évite des drames sans même se mettre à l'eau
parfois. C'est un métier qui exige beaucoup d'expérience. Allez
demander à un jeune de 18 ans de gérer une baignade à l'Océan, c'est
une folie ! Il risque de prendre trop tard les bonnes décisions. Il
risque aussi de se faire rire au nez. Nous, avec notre écusson CRS, on
ne nous rit pas trop au nez.
"SO" - Comment se déroule votre préparation ?
Nous sommes 900 à l'échelon national à subir des tests physiques
pointus pendant l'hiver, 600 à être sélectionnés. Nous suivons des
formations continues sur tous les aspects du métier : la réanimation,
les traumatismes du squelette, le brancardage, le nouveau matériel. On
part en stage intensif en mai, on prend en main le nouveau matériel. On
forme aussi les jeunes non-CRS qui nous appuient pendant l'été sur les
postes de secours.
"SO" - Craignez-vous de disparaître purement et simplement du dispositif de surveillance à l'avenir ?
Il y a des rumeurs en ce sens. On est dans l'inconnu et on
se pose des questions. Par le passé, on surveillait les plages pendant
quatre mois, de début juin à la fin septembre. On est passé à trois
mois, de la mi-juin à la mi-septembre. Cette année, c'est deux mois. On
est 600, ce qui ne représente pas grand-chose dans l'effectif global
des CRS. Qu'est-ce qui empêchera des bureaucrates parisiens de nous
changer d'affectation ? Quand il était encore ministre de l'Intérieur,
Jean-Pierre Chevènement avait dit qu'il était aberrant de remettre en
cause un système qui avait fait ses preuves. Il avait tout compris.
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